« Tous les hasards sont abolis. L'être
se tient au milieu de l'amour,
avec ce peu d'espace autour
dont on est maître. »

Rainer Maria Rilke, Les Fenêtres


Hervé Lassïnce est un photographe et comédien français vivant à Paris.

Sa photographie est constituée pour beaucoup de portraits intimes. Familles, ami(e)s, amants et amoureux constituent l'essentiel de ses modèles, photographiés le plus souvent sur le vif, dans le flux du quotidien, en France ou à l’étranger (Russie, Mexique, Inde, Tunisie, États-Unis, Canada…).

Il est l'auteur du livre Mes frères (éditions Granon), et a fait l'objet de plusieurs expositions : à Paris (galeries P38 et galerie Agathe Gaillard), à Marseille ainsi qu'à la Villa Noailles de Hyères (Festival international de la Mode et de la Photographie), à Los Angeles (galerie Paris-Berlin) et à Milan (galerie Offarch).
Il est régulièrement sollicité par la presse pour réaliser des portraits : Les Inrocks, Le Monde, AD magazine, Butt, Trax, Boycott, I-D magazine, La Parisienne, Têtu, Milk magazine, Egg…
Il a ainsi réalisé les portraits de Jean-Michel Jarre, Benjamin Biolay, Christophe Honoré, Olivier Assayas, Arnaud Desplechin, Perez, Yannick Haenel, Mathieu Lindon, Nabil Ayouch, Nils Schneider, Stéphane Giusti, Antoine-Olivier Pilon, Sara Martins, etc.


E X P O S I T I O N S


2019

Transgenres                                              

La Criée, Marseille


La Galaxie de l’Amour Instantané,  exposition collective ELECTRONICA       

Philharmonie de Paris


2017

Nous autres                                               

Galerie Agathe Gaillard, Paris

Dust                                                             

Galerie OffArch, Milan


2016

Dedans nos veines blanches                  

Villa Noailles, 31ème Festival International de Photographie, Hyères


2015

Mes frères                                                  

Galerie P38, Paris

D.O.G                                                           

Galerie Paris-Berlin, Los Angeles


2014

exposition collective AKEN                     

Cloître des Billettes, Paris




R E V U E  D E  P R E S S E


« On retrouve bien d’autres enchevêtrements de corps impudiques dans les photographies qu’Hervé Lassïnce assemble.
Plutôt que d’une horde virile, la communauté intime de ces Frères se révèle, d’un cliché à l’autre, composée indifféremment d’hommes, de femmes, d’enfants, qui arpentent les bois, baisent dans la baignoire de leur mère ou hantent nus des parkings souterrains. »
Julien Gester (Libération)


« Les frères d’Hervé Lassïnce sont des moments, des paysages, intérieurs et profonds, des nuits et des soleils. Images de l’existence telle qu’elle se déroule : cycle biologique, cycle politique, cycle social.
Ses frères sont nos frères. Hervé Lassïnce, photographe, veut faire famille. C’est sans doute cela le beau sujet d’Hervé Lassïnce. Le plaisir partagé de l’artiste et de son modèle. Le plaisir de vivre et d’être ensemble. »
Thomas Doustaly (Le Monde)


« À travers cette fresque photographique, Hervé Lassïnce constitue le journal impudique d’une communauté formée autour de lui, saisie dans des moments domestiques et intimes, à l’endroit où les personnalités s’expriment sans filtre, ni préjugé social.
Sensible à cette plasticité du quotidien, le photographe cherche à être provoqué par elle et à en extraire les potentiels poétiques, dans une esthétique qui emprunte autant à la sculpture et à la peinture qu’au cinéma. L’élégance des poses, l’aspect diffus de la lumière ambiante et la force narrative des clichés concourent ainsi à déréaliser l’ensemble, dessinant une mythologie du contemporain — avec ses héros, ses martyrs et ses miracles — qui rattache leur auteur au récit commun de l’humanité. »
Florian Gaité (France Culture)


« Il y a une dimension édénique dans le projet photographique d'Hervé Lassïnce. Le sentiment d'Éden tient à la douceur aimante du regard, la beauté suave de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, toujours pris en lumière naturelle et câline, le sentiment de vulnérabilité et d'abandon qui en émanent. »
Jean-Marc Lalanne (Les Inrocks)


« Autodidacte installé dans le paysage culturel parisien, il traîne sa passion de l'argentique comme on tient le carnet de bord de ses rencontres ou de ses nuits, chérissant les compositions christiques et les visages au bord de la jouissance. »
Ariel Kenig (Mixte magazine)


« Chaque photo d’Hervé Lassïnce porte en elle une déclaration d’amour sans les mots, c’est en cela que ses photos sont extrêmement pudiques, ou ne parlent que de pudeur, même si au premier plan on peut apercevoir des corps nus. La pudeur, l’apudeur, éternelle question, où commence la pudeur, où finit-elle ?
Mais si les photos de Guibert semblent contenir quelque venin mystérieux, nulle trace de poison dans les images de Lassïnce. La mort n’est pas naïvement niée mais elle n’apparaît plus que comme l’une des composantes de la vie, une parmi tant d’autres. Il y a de « l’être-pour-la-mort » mais il y a de la jouissance chez Hervé Lassïnce, ses photos semblent avoir lieu juste avant ou juste après cette jouissance, avant ou après l’amour, on peut parler de noces photographiques, de réjouissances. Ses photos participent d’une célébration et d’un sauvetage, elles célèbrent la vie, les vivants, le monde aussi bien, les animaux, la nature, en même temps elles tentent de sauver ce qui a eu lieu et qui ne sera jamais plus. »
Olivier Steiner (Diacritik)


« L’artiste capte à la lumière naturelle l’harmonie miraculeuse et quasi-mystique d’un instant, tout en sachant, bercé par une « mélancolie du temps présent », que celui-ci se fane instantanément. Ses œuvres évoquent amour, sexualité, tendresse et amitié « qui parfois se confondent et se superposent »; une circulation du désir qui, il le sait, peut parfois être violente.
En prédation des « à côtés » qui ponctuent une soirée de clubbing ou filant son entourage dans ses gestes quotidiens, Hervé Lassïnce magnifie fougueusement l’hypra banalité d’un garçon fumant un joint dans une chambre rouge, de deux Tunisiens jouant au ballon, d’un amoureux surfant sur son laptop, d’une mère – « une femme avec qui je suis sorti à la fin du siècle dernier » – donnant le bain à son nouveau-né.
À travers ce processus d’extimité qui explose les frontières du privé, Hervé envoie valser la religiosité du chiaroscuro d’un Caravage contre la violente crudité flashée d’une Nan Goldin. »
Julie Baret (Têtu)





" MES FRÈRES "


À travers cette fresque photographique, Hervé Lassïnce constitue le journal impudique d’une communauté formée autour de lui, saisie dans des moments domestiques et intimes, à l’endroit où les personnalités s’expriment sans filtre, ni préjugé social. Contrariant les stéréotypes, notamment ceux liés à la virilité, le projet subvertit les codes de l’iconographie religieuse pour en détourner la charge spirituelle et la puissance d’évocation. Le photographe oppose ainsi à sa transcendance et à ses hiérarchies une humanité égale, pensée à l’horizontale, inscrite sur un plan d’immanence simple et concret. Prises sur le vif, dans la chair du réel, ses photographies figent avec une certaine crudité des scènes de grâce, d’allégresse, de solitude et d’amour biblique, marquées par la mélancolie ou la jouissance de leurs modèles. Ces icônes incarnées, investies d’une forte présence ou d’une charge érotique, composent ensemble une fraternité unie bien que diverse, sublimée dans sa banalité.

Le projet Mes Frères est avant tout porté par la sincérité de la relation du photographe à ses sujets. Ses portraits traduisent en effet l’admiration et le respect qu’il leur porte, pénétrant sans effraction dans leur intimité pour arracher à l’oubli des fragments de vie partagés. Mis en confiance par cette proximité non feinte, ses modèles offrent à la vue une sensualité douce, une nudité innocente et une chair vulnérable qui négocient avec le regard fétichisant du photographe. Placés en contrepoint de ces effigies solitaires, les tableaux collectifs (réunions d’amis, scènes de couple, fêtes ou manifestations) soulignent la force politique et sensible de la communauté. Traces plastiques de ses rencontres, des moments de communion comme ceux de contemplation qui l’ont touché, les photographies d’Hervé Lassïnce cherchent à dépasser les différences de genre, de classe ou de génération pour constituer une fratrie solidaire, qui va du cercle d’initiés au rassemblement populaire.

Dans un décor neutre et épuré, qui autorise toutes les projections fantasmatiques, ces corps libres expriment une charge affective dont la prise de vue canalise l’intensité. Figés un instant dans leur véracité, arrachés au rythme de leur vie ordinaire, ils expriment leur adhésion pleine à un moment présent, à laquelle la spontanéité du photographe fait immédiatement écho. Placé en retrait, à une distance objective, Hervé Lassïnce se laisse solliciter par le surgissement d’une composition improvisée à même le réel et qui soudain fait sens. Sensible à cette plasticité du quotidien, le photographe cherche à être provoqué par elle et à en extraire les potentiels poétiques, dans une esthétique qui emprunte autant à la sculpture et à la peinture qu’au cinéma. L’élégance des poses, l’aspect diffus de la lumière ambiante et la force narrative des clichés concourent ainsi à déréaliser l’ensemble, dessinant une mythologie du contemporain — avec ses héros, ses martyrs et ses miracles — qui rattache leur auteur au récit commun de l’humanité.

Florian Gaité


Ces frères sont des hommes.
Ces frères sont seuls.
Ces frères sont deux, ils sont amoureux.
Ces frères sont-ils un groupe ? Oui, ils le sont.
Ces frères sont des femmes.
Ces frères sont des enfants.

Les frères d’Hervé Lassïnce sont des moments, des paysages, intérieurs et profonds, des nuits et des soleils. Images de l’existence telle qu’elle se déroule : cycle biologique, cycle politique, cycle social.

Tous des bourges ? Oui sans doute, sauf quand le sexe vient changer la donne, et qu’il chiffonne la caste. La piscine est parfois municipale, la chemise n’est pas toujours repassée, les draps ne sont pas de soie.
Tous des pédés ? Peut-être, mais des pédés « pour tous », des pédés qui ont gagné, qui nous emmerdent sans avoir besoin de nous le dire, puisque d’autres l’ont fait pour eux. Avant eux.
Des frères sans souffrance. Des homosexuels français des années 2010.
Ses frères sont nos frères. Hervé Lassïnce, photographe, veut faire famille. Il veut le faire au moyen d’un appareil de photographie et d’images en couleurs. Ses photos balancent entre l’inquiétude pré–sexuelle et l’alanguissement post–climax. Tout est dans la montée, la descente, l’énergie. Mes frères jouissent, et Hervé n’est pas extérieur à ce plaisir radiant qui nous entraîne aussi. Au contraire, c’est cette part d’intime qui le lie à ses sujets, ces frères amis-amants qui témoignent si bien de l’insoumission complexe des désirs. Les photographies de Lassïnce portent cet amour-là, cet amour sidéré par la grâce des corps et des visages.

C’est sans doute cela le beau sujet d’Hervé Lassïnce. Le plaisir partagé de l’artiste et de son modèle. Le plaisir de vivre et d’être ensemble.

Thomas Doustaly


Il y a une dimension édénique dans le projet photographique d'Hervé Lassïnce. L'artiste, qui n'a entrepris ce travail que depuis cinq ans, prélève des moments d'intimité de gens qui lui sont proches - amis, amants, amoureux... Le modèle est souvent représenté dans le flux de son quotidien, à son domicile ou en visite chez l'artiste. Le sentiment d'Éden tient à la douceur aimante du regard, la beauté suave de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, toujours pris en lumière naturelle et câline, le sentiment de vulnérabilité et d'abandon qui en émanent.

 L'Éden, c'est une famille inventée (le projet est intitulé Mes frères), un cercle affectif (les modèles se connaissent souvent), une communauté amicale. Une communauté sexuelle aussi, car beaucoup des sujets photographiques d'Hervé Lassïnce sont des garçons homosexuels, et la visée de l'artiste est aussi de documenter la visibilité sociale récente, normalisée, en voie d'égalitarisation de l'homosexualité. L'Éden est aussi politique.
L'Éden est avant tout en devenir, c'est celui d'un rapport pacifié à la différence sexuelle, d'un lent glissement du monde vers une possible béatitude.

Mais cet état d'Éden, c'est peut-être aussi que quelque chose déjà a été perdu. Hervé Lassïnce cerne les corps en plans larges (pas tout le temps, souvent quand même). Extrêmement centré, le corps entier dans le cadre, le sujet est voluptueusement enserré dans l'image. Comme dans un sarcophage. Il s'alanguit. Son corps se détend, ses muscles se débandent. D'ailleurs, parfois, ces garçons nus ou presque viennent de faire l'amour. Le déclic intervient juste après. Après l'effort, après l'orgasme... Après la vie déjà?
Si l'Éden est la mort, elle est douce.

Jean-Marc Lalanne

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